Bonjour,
En tant que préhistorien je suis aussi confronté au flou de la terminologie.
1er problème : les termes pisé, torchis, adobe, désignent t’il la matière utilisé, ou la technique de mise en place ?
Il me semble qu’a l’origine c’était la technique. Pisé = compactage dans un coffrage . Torchis = montage manuel par compactage de boules. Adobe = assamblages de briques.
Si c’est la matière, en préhistoire, nous sommes confronté à 2 cas :
argile + cailloux (en fait sable grossier) on a pris l’habitude de la nommer torchis.
argile + matiére organique (paille) on parle de pisé.
L’adobe, l’utilisation de la brique n’apparaisant qu’au 1er âge du fer, ne concerne pas la préhistoire.
Cette terminologie (arbitraire) ne me convient pas.
2em problème : Nous retrouvons ces matières sous leur forme cuite. Les termes alors employés sont "torchis cuit" et "céramique à dégraissant végétal" !!!!
Ma problèmatique essentielle concerne le "torchis cuit", sa définition exacte est : Construction à base d’un mélange d’argile et de sable, mis en place par compactage de boules et volontairement cuite in situs. C’est un peu lourd d’ou le raccourcie en "torchis cuit". Mais de nouveau on utilise un terme de mise en oeuvre pour définir une matière.
3em problème : Certains préhistoriens mettent en doute le coté volontaire de la cuisson et tente de faire admettre une cuisson accidentelle (incendie) et devant la taille de la masse cuite ont été même a évoquer l’intervention d’une météorite (des farfelus)
La solution n’est pas pour demain, d’ou les ambiguités des définitions officielles.
n souhaitant connaitre votre avis. A+
J’ai bien peur que de très chers collègues ne compliquent « artificiellement » des choses « naturellement » simples. Je m’explique.
C’est simple parce qu’il y a grosso modo trois type de terre-argile et trois techniques correspondantes.
S’il y a forte teneur en argile on ne peut pas travailler en mode « mouillé ».car l’on aurait trop de retrait au séchage. Seule solution, compacter la terre avec son humidité naturelle = 7 à 10%. Son nom est le pisé. Seconde terre-argile, celle qui a un taux « moyen » d’argile et que l’on travaille en la mouillant jusqu’à pouvoir la former dans un moule ou en entassant des boules. Le nom est bauge chez nous, adobe autour de la méditerranée et exporté. Enfin lorsque le taux d’argile est en deçà on doit ajouter de la paille ET de la bouse ou équivalent et mouler ou assembler des boules. C’est le torchis.
Dans un territoire donné il y a le plus souvent une seule qualité de terre-argile donc l’utilisation d’une seule technique idoine. Du fait de sa fragilité, le torchis est souvent associé au colombage.
Pourquoi et comment trouve-t-on des substitutions de termes ? Cela semble le fait de savants modernes (depuis le 18ième).
Quant à la cuisson des maisons elle est avérée en Iran et en Inde (Auroville ?) et je ne vois pas pourquoi il y aurait de la paille. Souvent pour une maison en dôme ou en voûte nubienne. L’absence de toit nécessite la cuisson pour que la maison résiste aux pluies. J’ai lu que l’on faisait un grand feu dans la maison est que ce feu servait également à cuire les ustensiles de ménage, d’agriculture et d’ornement en poterie.
Bonjour Je suis assez en accord avec vos types liées à l’humidité de l’argile. Mais votre système est assez réducteur. J’ai encore potassé le sujet et je vous livre mon travail actuel.
Une terminologie bien embrouillé :
L’étude des éléments de construction en terre passe par une définition la plus exacte possible des termes utilisés. Trois termes sont régulièrement utilisés, le torchis, le pisé, l’adobe et la bauge. Leur définition officielle est surtout axé sur la technique de mise en oeuvre
Le pisé : Ce terme ne présente aucune ambiguïté, il tire son nom du pisoir, sorte de masse en bois qui sert à tasser la terre dans un coffrage en bois pour monter les murs d’un bâtiment (Guibaud 2005). C’est typiquement une technique de construction et ce terme ne peut donc pas être utilisé pour désigner une matière spécifique.
L’adobe : Ce terme provient du verbe espagnol « Adobar » qui signifie mariner, macérer, transposition probable du fait qu’il faille laisser reposer le mélange argile, sable ou paille et plus ( ?) avant de pouvoir fabriquer les briques. Sans équivoque possible ce terme qui désigne exclusivement des briques en terre crue ou par extension la construction utilisant cette technique.
Le torchis :
Beaucoup plus complexe, ce terme dérive de torche, torcher, lui-même issue du latin torquere (tordre).
Il a essaimé dans trois domaines :
nous laisserons de coté la notion de tordre (parachute en torche) ;
également tous les termes qui évoquent des formes cylindriques associées au feu (torche électrique, torche de soudage, etc.) ;
pour s’intéresser aux dérivés de la famille torchoir, torchon, qui induisent une notion d’essuyage (torcher son assiette).
Dans ce troisième cas ce terme ne désigne pas une matière, encore moins une forme, mais une action.
Au regard de la définition officielle, il peut s’agir de lier les pierres d’un mur ou de former des hourdis (dans le sens briques de remplissage).
Et plus globalement tout travail à la main de boules d’argiles impliquant une notion d’essuyage final, non moins de la structure que des mains du maçon.
C’est dans notre cas le terme le plus approprié pour définir la mise en œuvre de notre architecture en terre cuite.
La bauge : Ce terme désigne une technique de construction en terre crue empilée par couches succésives. La terre mélangée à des fibres végétales ou animales est mise en place à la fourche. Les surfaces verticales sont dressées par découpe après un court temps de séchage, alors que le matériau n’est pas trop dur
Le matériau de construction, un lexique a préciser :
Il ne semble pas qu’il existe dans la langue française des terme concis permettent de différencier l’utilisation d’un mélange d’argile et de sable de celui d’un mélange argile et de paille (ou plus généralement de matière organique). En ce qui concerne l’association argile + paille le terme apparemment le mieux accepté est celui de bauge en référence à cette technique de construction ou la paille joue un rôle déterminant.. Pour le mélange argile + sable, le seul terme que nous ayons trouvé provient d’Amérique centrale, il y est utilisé pour désigner un foyer de cuisson construit avec un mélange d’argile et de sable. C’est le terme « lorena » association de loro + arena (la boue + le sable) sa traduction littérale en français donne le terme « bouble » nous garderons le terme lorena.
Un troisième niveau qui alourdie encore plus la description :
Ces matériaux peuvent être utilisé sous leur forme naturelle (crue) ou bien avoir été volontairement cuits. En associant les trois niveaux l’on obtient des descriptions assez chargés. « Construction à base d’un mélange d’argile et de sable, mis en place suivant la technique du torchis sur une structure de bois et volontairement cuite in-situs ». Que l’on peut contracter en torchis de lorena, sur bois, cuit.
Au final 15 combinaisons possibles connues :
A - Les structures sous entendue crue : 1 Pisé de lorena 2 Pisé de bauge 3 Adobe de lorena (la brique étant la version sous entendue cuite) 4 Adobe de bauge 5 Torchis de lorena massif (pas d’infrastructure) 6 « sur armature de bois 7 « liant des pierres (connue que sous sa version crue) 8 Torchis de bauge massif 9 « sur armature de bois 10 « liant des pierres 11 La bauge (stricto sensus)
B - Les versions cuites : 12 Torchis de lorena cuit massif 13 « sur armature de bois 14 Torchis de bauge cuit massif 15 « sur armature de bois
C’est probablement a encore améliorer.
Je séche sur l’éthymologie du terme "bauge"
Précision concernant la paille dans les architectures cuites, elle n’est pas dans l’argile, c’est le combustible.
Si vous avez des illustrations (ou réf. biblio.) des constructions cuites en Iran et en Inde je suis très intéressé J’en posséde en Afrique, Zimbawé et Mali.
Il me semble que le cas de cuisson d’une maison était à Auroville (vers Pondichery).
La nouvelle synthèse ci-avant faite par Jean-Luc me parait intéressante.
Un matériau trop argileux se compacte mal : mise en oeuvre humide ( adobe, torchis, bauge) souvent avec des fibres pour limiter les fissures de retrait ou pour structure. Un matériau grenu (sable et limons avec de 12 à 30 % d’argile) se compacte biens : pisé BTC. On peut mouler humide une terre à piser ( cas de certaine bauge )
Mécanicien des sols, je fait un blog sur le sujet : www.lamaisondurable.com